jeudi, décembre 20, 2007

Pensées tardives et décousues

Le plus grand ennemi de la connaissance n'est pas l'ignorance, mais l'impertinence de croire que l'on sait. Je croyais tout connaître de la Palestine, d'Israël, du conflit, de la ligne verte, du Mur. Des études, des livres et des livres, un mémoire, un séjour en Israël. Aujourd'hui je me rends compte que je ne savais rien.

Je n'avais jamais connu l'humiliation quotidienne des check-points: des soldats me parlant comme à un sous-homme, me demandant de lever mon t-shirt par 3 degrés, mes enfants qui pleurent devant tant d'armes et de gris.

Je n'avais jamais connu le doute premanent: pourrais-je travailler aujourd'hui ou la route sera-t-elle fermée? Pourrais-je aller cultiver mes oliviers ou mon permis sera-t-il échu pour une obscure raison? Reverrais-je un jour mon frère et mes amis de l'autre côté du Mur? Pourrais-je retourner un jour à Jérusalem?

Je n'avais jamais passé une soirée avec une famille palestinienne en étant reçu comme un des leurs. Du thé, du café, des falafels, du chocolat, du thé, du café, un narguilé. Des enfants, des parents, des amis. Des sourires surtout, un tel bonheur de réaliser qu'il y a des gens quelque part qui osent encore venir en Palestine, qui s'inquiètent, ne serait-ce qu'un peu, de leur situation, de leur vie. De la tristesse aussi. Une paix si lointaine, une vie sans futur. L'Europe? la Suisse? Un rêve où une vie meilleure aurait été possible. Ou elle le sera peut-être un jour. Inchallah.

Et de l'autre côté de ce Mur de la honte, la même tristesse. Les mêmes jeunes, les mêmes familles, les mêmes joies, les mêmes peines. Les mêmes souffrances dues à une politique de l'ignorance et de la peur d'autrui. La force plutôt que le dialogue. Est-ce en militarisant l'esprit de nos enfants qu'on leur donne les clés du bonheur? Est-ce en possédant plus de territoires que l'on est plus heureux?

Tout cela cessera-t-il un jour? Qui sait? Les miracles existent. Vais-je, moi, changer quelque chose? Sûrement pas. Mais si je parviens à faire comprendre, ne serait-ce qu'un tout petit peu mieux, la situation ici à l'un de mes lecteurs, ce sera déjà un pas de plus vers moins de tristesse et de gâchis.

2 commentaires:

Stadt a dit…

C'est fantastique ce que tu fais, Guillaume. La manière dont tu abordes le sujet, surtout et ce que tu nous apprends. Ca fait bizarre de lire tout ça de notre côté de l'ordinateur, dans notre jolie Suisse proprette et pas franchement préoccupée en cette période des fêtes...

Bravo pour ton approche de la question. Ta conscience de ne pas pouvoir renverser les montagnes te donne à n'en pas douter un avantage.

"La solidarité entre les démunis hante les livres bien pensants écrits pas des gens aisés." [Alain Monnier dans Les Ombres d'Anna]

Au plaisir de lire la suite. Porte-toi bien. Xavier

amélie a dit…

Salut cousin! Je rentre du traditionnel Noël des Fardel, et ça fait tout drôle de te voir dans une réalité si lointaine...
Bien du courage pour les jours à venir, et que l'année 2008 soit positive pour toi... et moins pourrie pour la Palestine!
Amélie