lundi, avril 14, 2008

Juste deux mots sur Annapolis

Le processus d'Annapolis, en deux mots, c'est cette fameuse ambition de Bush de conclure une paix entre Israël et l'Autorité palestinienne d'ici à la fin de l'année.

Chez les Palestiniens et les Israéliens que j'ai rencontrés, l'évocation d'"Annapolis" provoque sourires sarcastiques, indifférence voire indignation. Mais, pour quelques commentateurs (dont je ne remets pas en doute la bonne foi), Annapolis est tout à fait crédible. Moi-même, je me disais: "Mais, après tout, pourquoi pas?" Malgré les check-points, malgré les colonies, malgré l'occupation... Même si les trois leaders qui sont au coeur de ce projet sont si faibles: Ehud Olmert (Premier ministre israélien) ne se remet pas de l'échec de la guerre du Liban; Mahmoud Abbas (son homologue palestinien) est perçu comme la marionnette des Américains; quant à Bush, je ne me permettrais pas de vous rappeler son incompétence crasse.

Mais, après tout, pourquoi pas?


Et bien non! On ne peut pas sérieusement y croire à Annapolis. Deux exemples récents m'ont enlevé tout espoir naïf.

Le premier date d'aujourd'hui même. Je visitais le village de Taybeh avec mes collègues de Yanoun (près de Naplouse) et un prêtre de la région (dont le frère est professeur à l'Uni de Lausanne à noter au passage). Ce prêtre nous décrivait les paysages alentour et nous dit: "Regardez. Là-bas vous pouvez voir l'avant-poste (de colonie) que les Israéliens ont enlevé suite à une promesse faite à Condoleezza Rice ("Condi", en deux mots, c'est l'émissaire de Bush dans la région pour le "processus d'Annapolis"). "Excellent!" me dis-je. Avant de constater que l'avant-poste était non seulement tout à fait bien présent, mais avait l'air d'être fait pour durer.

Colonie israélienne des environs de Taybeh.

Deuxième exemple, encore plus flagrant à mon sens. Il y a deux semaines, Olmert a promis à Condi d'enlever 50 "roadblocks" (rochers bloquant de nombreuses routes de Cisjordanie et restreignant la liberté de mouvement des Palestiniens). Certains questionnaient déjà l'efficacité d'une telle mesure étant donné qu'on compte plus de 560 obstacles physiques bloquant les routes de Cisjordanie (roadblocks, check-points, tas de terre...). Mais c'était déjà un début et les journaux (d'ici du moins) ont loué cette mesure à grand renfort de photos montrant les soldats débloquant les routes.


Un roadblock.

Or, il y a deux semaines, je me suis rendu dans mon ancien placement de Tulkarem et j'y ai rencontré mon ami qui travaille pour l'ONG israélienne B'Tselem. Et il m'en a parlé des roadblocks: sur trois routes des environs de Tulkarem, l'armée israélienne a mis en place un roadblock le mardi matin. Et l'après-midi, les mêmes soldats sont venus enlever les rochers à grand renfort de journalistes et de photographes. Je n'y croyais pas honnêtement. Mais l'information a été confirmée par d'autres sources tout aussi sérieuses et pas seulement dans la région de Tulkarem. Merci pour la bonne foi. Et pour la propagande digne de la défunte URSS.

Vous avez dit Anna qui?

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